Journal de guerre n°33, semaine du 16 mai 1940.

Les sujets abordés cette semaine :
– 30 avril 1863 – 30 avril 1940, cérémonies de commémoration des combats de Camerone, en France et en Syrie,
– la remise de la Croix de guerre au sous-marin « Orphée »,
– le 9 mai au matin à l’Est de la Moselle,
– le 10 mai, les premières troupes françaises pénètrent en Belgique et au Luxembourg,
– l’exode des réfugiés belges et luxembourgeois,
– le 11 mai dans l’Est de la France et en Belgique,
– le 12 mai en Belgique,
– des avions allemands abattus.

30 avril 1863 – 30 avril 1940. (1)
Chaque année, le 30 avril, la Légion étrangère fête l’anniversaire de Camerone (1863), célèbre fait d’armes de la campagne du Mexique. Une première prise d’armes réunit en métropole des légionnaires casqués sur une vaste étendue herbeuse puis une seconde rassemble sur une étendue désertique des légionnaires coiffés du képi blanc, qui participent, musique en tête, à un grand défilé devant la tribune officielle (2). Soutenu par la Marche du Boudin, le commentaire relate avec précision le fait d’armes de Camerone.

Remise de la Croix de guerre au sous-marin « Orphée ».
Le 6 mai 1940, cité pour avoir torpillé un sous-marin ennemi, le sous-marin « Orphée » rentre à sa base. A son bord, l’amiral Le Bigot lui remet la Croix de guerre ainsi qu’à son commandant et à 16 membres de l’équipage, tandis que les exploits du bâtiment sont exaltés par le commentaire et la 3e Symphonie de Ludwig van Beethoven.

9 mai (matin). (3)
Pour quelques heures encore, les soldats du front vivent la « drôle de guerre » : des soldats rampent sous des barbelés et récupèrent un casque allemand et des grenades à manche ; sur les bords du Rhin, les casemates ennemies sont photographiées grâce à un appareil monté sur une binoculaire ; les servants de pièces d’artillerie (155 mm GPF (Grande puissance Fillioux), 194 mm GPF sur affût chenillé et 105 mm long modèle 1936) approvisionnent les canons en obus, procèdent à de nombreux tirs puis déplacent les matériels.

10 mai. (4)
En réponse à l’attaque allemande et afin de venir en aide à l’armée belge, les premières troupes françaises pénètrent au Luxembourg et en Belgique. A un poste frontière luxembourgeois, une colonne de side-cars Gnôme-et-Rhône AX2-RM fait son entrée dans le Grand Duché, suivie par un défilé incessant (autobus, chars Renault R35, tracteurs semi-chenillés Somua MCG, camions, cavaliers, etc.) acclamé par la population qui offre boissons et cigarettes aux soldats (5). Le convoi, constitué de chars Renault R35, de chenillettes de ravitaillement Renault 31R, se prolonge dans la campagne environnante. A Esch-sur-Alzette et aux alentours, les soldats se mettent en position de tir : derrière un fusil-mitrailleur FM 24/29 ou bien une mitrailleuse Hotchkiss 8 mm modèle 1914.

Exode des réfugiés.
Parallèlement à ces actions militaires, les réfugiés belges et luxembourgeois fuient devant la menace des bombardements allemands. Femmes, enfants et personnes âgées sillonnent les routes, utilisant landaus, charrettes, voitures, bicyclettes tandis que le commentateur accuse l’aviation ennemie de bombarder ces cortèges.

11 mai.
Le 11 mai, le présentateur annonce que le bilan en France s’élève à 150 morts et 400 blessés civils. Les conséquences des bombardements ennemis sont mises en avant : maisons éventrées, récupération de biens dans les décombres, évacuation de blessés, église et école dévastée, blessés soignés dans les hôpitaux (6). Le même jour, une situation similaire prévaut en Belgique où les villes comme Bruxelles sont victimes d’incendies. Apportant son soutien à Léopold III, roi des Belges, Edouard Daladier, ministre de la Défense nationale et de la Guerre, se rend dans le Nord de la France et en Belgique (7).

12 mai.
Le 12 mai, en Belgique, une autre ville est la proie des flammes. Le commentaire s’en prend avec violence à l’armée allemande, soulignant sa traîtrise et sa perfidie qu’illustrent des « lâchers de parachutistes revêtus d’uniformes alliés ». La caméra s’attarde sur un infirme errant dans la rue muni de 2 cannes et des cadavres de chevaux sur les pavés.

Avions allemands abattus.
Alors que le commentaire, paraphrasant M. Frossard, ministre de l’Information, chiffre les victoires de l’aviation française, les épaves d’appareils allemands, comme celle d’un chasseur Messerschmitt Bf 110, témoignent des pertes infligées à l’ennemi. Après le rappel de l’ordre du jour du général Gamelin, chef d’état-major général, daté du 10 mai (8), une phrase de Paul Reynaud apparaît en surimpression : « Chaque Français doit faire, ce soir avec moi, le serment solennel de vaincre ».

Notes :
(1) La mention « Vaincre ! » apparaît à l’image au tout début de ce Journal de guerre.
(2) Le commentaire tait l’identité des unités et le lieu de la première cérémonie ; cependant, le drapeau du 11e REI (Régiment étranger d’infanterie) est visible au début du film. Quant à la seconde cérémonie, la légende du reportage photographique correspondant, de référence DG 13, fournit des informations complémentaires : les légionnaires du 6e REI (Régiment étranger d’infanterie) fêtent Camerone à Homs (Syrie).
(3) Cette séquence s’ouvre sur le communiqué n°497 du 9 mai (matin) indiquant : « Dans la région à l’Est de la Moselle, plusieurs patrouilles ennemies ont été repoussées par nos feux d’infanterie et d’artillerie ».
(4) Après la date du 10 mai, inscrite sur l’image, l’offensive allemande et l’entrée des troupes alliées en Belgique et au Luxembourg sont ensuite annoncées par des articles de journaux (Paris-Soir). Une affiche belge relative à la mobilisation générale de l’armée et au rappel des militaires en permission est également filmée.
(5) La légende des reportages photographiques correspondants, de références 3ARMEE 55 et 3ARMEE 56, apportent des informations complémentaires : le poste frontière franco-luxembourgeois est situé entre Audun-le-Tiche (Moselle) et Esch-sur-Alzette (Luxembourg) ; les images relatent l’entrée, le 10 mai 1940, dans la ville d’Esch des éléments de tête du groupement n°2 du colonel Lafeuillade comprenant la 13e Brigade légère mécanique de la 3e Division légère de cavalerie, le groupe de reconnaissance de la 20e Division d’infanterie et la 2e compagnie du 5e Bataillon de chars de combat (BCC).
(6) La bande son de cette séquence est marquée par un commentaire rare et des sons restituant des bombardements aériens, produisant un effet de réel, de pris sur le vif, peu courant dans les Journaux de guerre. Par ailleurs, la légende du reportage photographique correspondant, de référence DG 107, indique que l’école endommagée est le lycée Charlemagne de Nancy, bombardé le 10 mai.
(7) La première image de cette visite montre Édouard Daladier entrant dans un château accompagné par 2 généraux : il pourrait s’agir du château de Casteau près de Mons, siège du Grand Quartier Général belge dans lequel se tient une conférence interalliée le 12 mai.
(8) La citation du commentaire est la suivante : « L’Allemagne engage contre nous une lutte à mort. Les mots d’ordre sont, pour la France et tous ses alliés : courage, énergie, confiance ».

« Retrouvez ici l’histoire du Journal de guerre ».

Informations sur la vidéo

  • Date de l'évènement : Semaine du 16 mai 1940.
  • Évènement : Journal de guerre n°33
  • Référence : J 33
  • Copyright : ECPAD
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