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    La bataille de la Somme dans les archives de l’ECPAD

    • Archives films

    • Archives photos

    Publié le 30 juin 2025

    Entre le 1er juillet et le 18 novembre 1916, la bataille de la Somme oppose les armées franco-britanniques et allemandes dans un affrontement qui marque durablement l’histoire de la Grande Guerre. Première offensive conjointe franco-britannique de la guerre, bataille industrielle par la puissance de feu de l’artillerie et l’apparition des chars d’assaut, elle s’impose comme l’un des épisodes les plus marquants et meurtriers du conflit.

    Le présent article propose une approche iconographique de la bataille, en présentant la couverture photographique et cinématographique de l’événement par l’armée. En effet, dès les premiers combats, l’armée française déploie ses photographes et ses opérateurs de prise de vue pour documenter cette phase de la guerre. L’ECPAD conserve leur production, soit 2 128 photographies etune quarantaine de films qui témoignent de cette bataille. À cela s’ajoutent les archives privées reçues par l’ECPAD, qui compte à ce jour 15 fonds rassemblant près de 400 photographies portant sur la bataille de la Somme.

    Soldats britanniques revenant des tranchées.
    Guillemont (Somme), 27 novembre 1916.
    © Jacques Ridel/SPA/ECPAD/SPA 4 W 336

    Les sections photographique et cinématographique au front

    Produites par la Section cinématographique de l’armée (SCA) et la Section photographique de l’armée (SPA), créées au printemps 1915, ces archives résultent de missions conduites dans un cadre institutionnel et militaire strictement défini. Il revient aux opérateurs de documenter les opérations militaires, d’alimenter l’information publique par la diffusion d’images contrôlées et de constituer les archives visuelles du conflit. Les conditions de production des images, liées tant aux contraintes opérationnelles qu’aux possibilités techniques des opérateurs, confèrent à cet ensemble une forte cohérence de provenance et de contexte de création.

    Durant la bataille de la Somme, 13 photographes de la SPA produisent 98 séries photographiques sur un territoire situé à l’est d’Amiens, entre les villes d’Albert et Roye et leurs environs. Parmi eux, Emmanuel Mas et Ribar (prénom inconnu) rapportent la majorité des vues, suivis d’Amédée Eywinger, Cordier, Frédéric Gadmer, Paul Queste, Jacques Ridel et, dans une moindre mesure, Jacques Agié, Isidore Aubert, Édouard Famechon, Pierre Machard, Albert Moreau et Pierre Pansier. Ils photographient en noir et blanc sur des plaques de verre, principalement de trois formats : 9 x 12 cm, 13 x 18 cm et 6 x 13 cm stéréoscopique ou panoramique.

    Du côté de la SCA, les opérateurs de prise de vue tournent près de 9 000 mètres de pellicule 35 mm, qui ont servi à réaliser près de 40 montages de 4 à 60 minutes, muets, noir et blanc ou teintés. Alfred Machin et Émile Pierre sont les seuls dont l’identité est confirmée par les sources d’époque.

    Un opérateur de prise de vue de la section cinématographique observé par deux soldats anglais.
    Bois de Bernafay (Somme), 17 novembre 1916.
    ©Emmanuel Mas/SPA/ECPAD/SPA 49 S 2549

    La Somme à travers l’objectif

    La préparation du combat

    Avant le déclenchement de la bataille, les opérateurs rendent compte de la vie quotidienne des troupes françaises cantonnées dans divers villages du département, de l’arrivée des unités militaires britanniques dans le secteur et de l’évacuation des civils. Les images montrent les opérations logistiques : l’acheminement des munitions, les dépôts, les parcs d’artillerie, la mise en batterie des pièces d’artillerie, les travaux de défense et le creusement de tranchées.

    L’artillerie occupe une place importante dans les archives. On conserve des images des canons de tranchée comme de l’artillerie lourde, ainsi que de leur déploiement, de leur approvisionnement et de leur emploi.

    L’aviation est représentée par l’escadrille des Cigognes et notamment ses pilotes Antonin Brocard, René Dorme et Georges Guynemer, à bord de leurs avions Nieuport ou SPAD.

    L’arrière et Amiens, centre névralgique de l’approvisionnement

    Les photographes et opérateurs documentent l’aménagement de l’arrière du front transformé en un gigantesque espace d’approvisionnement dont la ville d’Amiens est le centre névralgique. Ils saisissent la réfection des routes, la construction de voies ferrées étroites de type Decauville et de quais de débarquement au bord de la Somme, les convois sur les routes, les parcs d’aviation, le montage de lignes téléphoniques, l’installation de structures hospitalières, l’utilisation de péniches sanitaires, les dispositifs de défense protégeant la ville d’Amiens, etc.

    La vie des soldats

    Les photographies et les films présentent le quotidien des troupes. Les fantassins, artilleurs, conducteurs de chars et pilotes français sont photographiés et filmés en train d’aménager des abris, de se ravitailler, de servir les pièces d’artillerie, de se préparer aux missions aériennes, d’évacuer les blessés, de conduire les prisonniers de guerre, de se reposer, de défiler ou d’être décorés par les généraux qui leur rendent visite. La fraternité franco-britannique est régulièrement mise en avant.

    Soldats anglais et français.
    Entre Guillemont et Maricourt (Somme), 2 – 6 décembre 1916.
    © Emmanuel Mas/SPA/ECPAD/SPA 47 S 2519
    Les visites des autorités

    Les photographes et opérateurs immortalisent les visites aux armées du président de la République Raymond Poincaré, du sénateur Georges Clemenceau, du ministre des Affaires étrangères Aristide Briand, du prince britannique Arthur de Connaught, du président du Conseil britannique Robert Crewe-Milnes ainsi que du diplomate serbe Milenko Vesnitch.

    Lors de sa visite sur le front de la Somme, Raymond Poincaré est accompagné des généraux Joffre, commandant en chef des armées françaises, Foch, commandant du groupe d’armées du Nord et responsable de l’opération, Roques, ministre de la Guerre, Fayolle, commandant la 6e armée, et Marchand, commandant la 10e division d’infanterie coloniale.

    Après les combats

    Les nombreuses images prises après les combats montrent les prisonniers de guerre allemands, les terrains dévastés, les tranchées bouleversées, les villages en ruine, le matériel militaire détruit et enfin les territoires reconquis.

    Des blessés rejoignent à l’arrière.
    Feuillères, canal de la Somme (Somme), entre le 30 septembre et le 6 octobre 1916.
    © Emmanuel Mas/SPA/ECPAD/SPA 42 S 2189
    Ce qu’on ne voit pas ou très peu

    La bataille de la Somme est une offensive franco-britannique, mais les armées alliées opèrent dans des secteurs distincts relevant de chaînes de commandement séparées : la 4e armée britannique du général Rawlinson et la 3e armée du général Allenby tiennent le secteur britannique, tandis que la 6e armée française agit plus au sud, de part et d’autre de la Somme. Les opérateurs de la Section photographique de l’armée, affectés aux armées françaises, travaillent essentiellement dans cette zone d’opérations et n’ont qu’un accès limité aux zones relevant du corps expéditionnaire britannique, ce qui explique la faible représentation des troupes britanniques, canadiennes, écossaises ou indiennes dans le corpus. Le corps de travailleurs chinois de l’armée britannique (Chinese Labour Corps), chargé notamment des entrepôts de matériel et cantonné à Noyelles-sur-Mer, ne fait l’objet d’aucune prise de vues conservée pour cette période. On conserve trois photographies du général Douglas Haig, commandant du corps expéditionnaire britannique en France, prise à son quartier général de Montreuil-sur-Mer (SPA 100 M). Sa présence dans le corpus s’explique par la visite effectuée en juin 1916 par Aristide Briand auprès du commandement britannique, à laquelle participe un opérateur de la Section photographique de l’armée.

    Enfin, certains thèmes ou événements n’apparaissent pas, ou seulement de façon résiduelle, dans les archives. Bien que l’historiographie associe aujourd’hui la bataille de la Somme au premier emploi du char d’assaut, cette innovation technique est très peu photographiée ou filmée : seules quelques vues montrent le char britannique Mark I. La conférence de Chantilly du 14 février 1916, qui fixe le principe de l’offensive, n’est pas documentée dans ce corpus. Le commandement allemand et la 2e armée allemande ne sont pas davantage représentés, sinon à travers les prisonniers et les prises de guerre. Enfin, aucune prise de vues conservée ne documente directement le premier jour de l’offensive, le 1er juillet 1916, ni les combats particulièrement intenses de Beaumont-Hamel, Courcelette, Thiepval ou du bois Delville.

    Des images de combats eux-mêmes

    Pour la première fois depuis le début du conflit, les films de la Section cinématographique de l’armée consacrés à la bataille montrent non seulement les préparatifs, les déplacements de troupes ou la vie à l’arrière, mais également les combats eux-mêmes. Certains retracent l’ensemble de l’offensive au moyen de cartons explicatifs qui en présentent les principales phases. D’autres n’en documentent qu’un aspect particulier, qu’il soit opérationnel, thématique ou géographique, comme La Bataille de l’Ancre (14.18 A 174), ou de façon thématique, ou encore géographique, comme L’Artillerie lourde dans la Somme (14.18 A 274), En péniche sur la Somme avec nos blessés (14.18 A 879), La Prise de Curlu (14.18 A 280) ou Sur la Somme de Deniécourt à Ablaincourt (14.18 A 4).

    Deux longs métrages se signalent par leur ambition : le premier, L’Offensive française sur la Somme (14.18 A 1493), en trois parties, réalisé par la SCA dès juillet 1916 décrit rigoureusement le début de l’offensive. Le second, intitulé La Grande offensive de la Somme, en trois parties, constitue la version française du film anglais The Battle of the Somme, montée par la SCA à la suite du succès rencontré par ce dernier.

    Les premières images d’assaut

    Depuis le début de la guerre, les opérateurs de la Section cinématographique de l’armée éprouvent les plus grandes difficultés à filmer les combats au plus près des premières lignes. Les contraintes techniques, les risques encourus et les restrictions imposées par le commandement conduisent fréquemment à privilégier des scènes filmées hors du combat ou des séquences organisées à des fins de démonstration. Comme l’a montré l’historien Laurent Véray, l’offensive de la Somme marque à cet égard une étape importante : le 20 juillet 1916, à Dompierre, l’opérateur Émile Pierre parvient à filmer la sortie de tranchée des fantassins des 208e et 273e régiments d’infanterie lors d’une action offensive. Ces images, intégrées au film L’Offensive française sur la Somme (juillet 1916), puis reprises dans plusieurs montages ultérieurs, constituent l’un des premiers exemples conservés de prises de vues réalisées au cours d’un assaut sur le front occidental.

    Trois photogrammes extraits du film 
    L’Offensive française sur la Somme (juillet 1916).
    Somme, 1916.
    © Émile Pierre/SCA/ECPAD/14.18 A 1493
    Trois photogrammes extraits du film 
    L’Offensive française sur la Somme (juillet 1916).
    Somme, 1916.
    © Émile Pierre/SCA/ECPAD/14.18 A 1493
    Trois photogrammes extraits du film 
    L’Offensive française sur la Somme (juillet 1916).
    Somme, 1916.
    © Émile Pierre/SCA/ECPAD/14.18 A 1493

    Les fonds privés : un regard complémentaire

    L’ECPAD conserve également 15 fonds photographiques d’origine privée qui livrent une vision plus intime de la guerre. Les images relatives à la bataille de la Somme constituent la totalité ou seulement une partie de chacun de ces fonds. La majorité des photos sont légendées par les auteurs eux-mêmes. Si certaines vues sont assez classiques au regard de la production amateur de cette période, d’autres sujets sont plus rares.

    Des fonds photographiques suivent l’activité d’unités de l’artillerie : celui de Paul Lekieffre, avec le 215e régiment d’artillerie de campagne à Framerville, Foucaucourt, Moreuil, et au bois Étoilé (D232), et celui de Maximilien Laurent, artilleur puis observateur aérien, avec le défilé de soldats après l’attaque d’Ablaincourt et des soldats dans les ruines d’Eppeville (D162). Le fonds photographique de Georges Pila de la 409e section automobile, alors maréchal des logis, livre des portraits posés de ses camarades (D128). Les archives photographiques du général Victor Courtois invitent à une immersion dans les tranchées, occupées par les soldats, aménagées, bouleversées, empruntées par des prisonniers (D310). Celles de Louis-Joseph Suchet, duc d’Albufera, rendent compte d’une visite du général Fayolle, le 3 juillet 1916 au centre de commandement de Froissy (D197).

    Bivouac du 2e peloton : un entonnoir de mine no 35.
    Somme, août 1916.
    © Henri Hartmann (attribué à)/Fonds Henri Hartmann/ECPAD/D0387-001-001-0035

    D’autres fonds constituent des témoignages visuels plus personnels et complémentaires à celui de la SPA. Les 147 photographies de Jacques Tournadour d’Albay, médecin auxiliaire du 11e régiment du génie en 1915-1916, témoignent d’un regard amical et original avec des portraits de soldats, un concours de cuisine, des animaux mascottes, des tombes de combattants et un excavateur de gravats mis au point par Tournadour d’Albay lui-même (D171). Dans la collection Louis Garros, comprenant des photographies de Jean-Baptiste Tournassoud, les soldats tunisiens mais surtout les soldats australiens et néo-zélandais partant pour le front sont mis en valeur (D193). Dans le fonds Henri Hartmann, médecin, le photographe s’attarde sur les tranchées bouleversées, le transport de blessés, les cadavres, le matériel allemand détruit (D0387). Enfin les archives photographiques des frères Joseph et Louis Roux documentent des aspects rarement représentés dans les fonds conservés par l’ECPAD : essais de masques à gaz, tranchées allemandes, évacuation de blessés, pièces d’artillerie en action, ruines, soldats britanniques à Amiens, dépouilles de combattants et célébrations religieuses au front (D0424).

    Bivouac du 2e peloton.
    Fay (Somme), septembre 1916.
    © Jacques Tournadour d’Albay/Fonds Jacques Tournadour d’Albay/ECPAD/D171-1-500

    Albane Brunel


    Explorez les archives

    Les photographies et les films de la bataille de la Somme sont consultables sur le site internet de l’ECPAD : photographies et films de la bataille de la Somme.

    Pour aller plus loin :

    • les archives de la Section photographique de l’armée et de la Section cinématographique de l’armée puis de la Section photographique et cinématographique de l’armée (SPCA) sur la Somme de 1915 à 1919 (volume 6 578 photos et 230 références de films) et, notamment :
      • les photographies et les films montrant la préservation et l’évacuation des œuvres d’art, ainsi que l’état de dévastation du département à la suite du retrait des Allemands sur la ligne Hindenburg fin mars 1917,
      • les images autour de l’offensive Michael lancée fin mars 1918 par les Allemands et de la contre-offensive alliée à l’été 1918, qui témoignent des dégâts et de la montée en puissance des troupes américaines et des chars d’assaut,
      • les autochromes réalisées entre 1915 et 1919, constituant les rares vues en couleurs de cette zone du front.
        Toutes sont consultables sur le site internet de l’ECPAD.
    • Les archives de la SPCA sur la bataille de la Somme conservées par La Contemporaine à Nanterre : le fonds Valois comprend des albums présentant des tirages photographiques correspondant aux plaques de verre conservées par l’ECPAD.
    • Sources écrites et planches de pellicules du film L’Offensive française sur la Somme (juillet 1916) découpées et collées sur un support papier (texte des intertitres, photogrammes numérotés dans l’ordre des séquences), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Charenton-le-Pont, sans cote.

    Les archives photographiques des fonds privés relatives à la Somme entre 1914 et 1919, soit près de 3 000 clichés conservés par l’ECPAD.