Thème : Paysages en guerre, paysages de guerre


Les collines de Notre-Dame-de-Lorette,
passerelle pour cent ans de paysages

S’emparer par la photographie et le film des collines et de l’éperon stratégiques de Notre-Dame-de-Lorette, de la seconde bataille d’Artois lancée par le général Foch en mai-juin 1915 à la cérémonie présidée par le chef de l’État le 11 novembre 2014 lors de l’inauguration du Mémorial international élevé sur le site de la nécropole nationale, permet de répondre de façon polysémique à l’appel à projet Paysages en guerre, paysages de guerre.

Dépositaire, depuis 1915, de la mémoire visuelle des conflits armés et des engagements militaires menés par la France, l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) se propose ici de mettre à disposition des enseignants et des élèves participant au concours une ressource composée de deux corpus photographiques et de trois corpus filmiques qui enchâsse deux possibilités d’analyse :

  • réfléchir sur les deux occurrences du thème pour le premier conflit mondial ;
  • s’interroger sur le travail de mémoire mis en œuvre pour les deux guerres mondiales et les conflits coloniaux dont le site de Notre-Dame-de-Lorette convoque le rappel.

La nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, inaugurée en 1925 sur la commune d’Ablain-Saint-Nazaire, abrite en effet une mémoire nationale plurielle. Elle est d’abord, bien sûr, la gardienne de la dimension mémorielle de la Grande Guerre au cœur de ce paysage qui conserve le souvenir prégnant de la violence et du coût humain et environnemental des combats. L’ensemble monumental possède également une fonction unique en France, celle d’abriter les corps du soldat inconnus de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d’Indochine, ainsi que de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. 

Le choix effectué dans les archives imagées de l’ECPAD donne à voir cinq entrées qui permettent d’aborder ce paysage historique séculaire et mémoriel que constitue la colline sanglante[1] de Notre-Dame-de Lorette.

Entrée 1 – Se battre pour la colline sanglante : le paysage en guerre 

Ressource filmique
Les Français reprennent Ablain-Saint-Nazaire, 28-29 mai 1915 (1915). 
Film 35 mm noir et blanc muet.  
Réal. SCA – durée 12 min. 16 s. 
© SCA – SPA/ECPAD/14.18 B 341

Commentaire
Ce film tourné par le Service cinématographique de l’armée (SCA), créé trois mois auparavant, permet de prendre la mesure rétrospective[1] de la violence des combats de cette position stratégique et de la questionner.

Le résumé présent dans la notice documentaire renseigne sur les différentes séquences :

Dans Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), la première maison dite « Maison française » est utilisée comme poste de secours. Au milieu des ruines, se trouve un puits « historique » où Français et Allemands venaient tour à tour puiser de l’eau. Le combat continue : un poste de commandement fonctionne dans une tranchée, des prisonniers allemands « couverts de plâtre et de boue », sont interrogés dès leur capture. Réseaux de barbelés et chevaux de frise constituent les défenses ennemies dans un chaos de ruines. Des soldats du génie aménagent à la hâte un boyau d’accès, tandis qu’à chaque rafale, le malheureux clocher [de l’une des deux églises d’Ablain, construite au XVIe s.] s’effrite de plus en plus. Les bois d’Ablain ont aussi été bouleversés par le bombardement, tout comme le cimetière où se trouvent quelques tombes allemandes. Contredisant le communiqué officiel allemand, selon lequel les troupes se sont volontairement retirées, des colonnes de prisonniers sont dirigées vers l’arrière.

Entrée 2 – Visiter Notre-Dame : le paysage des vaincus d’hier, aujourd’hui vainqueurs

Ressource photographique
DAT 25 ©inconnu/ECPAD
DAA 1917 ©inconnu/ECPAD

Titre documentaire forgé, proposé au reportage en l’absence de légendes d’origine : « Lors de la bataille de France, des officiers allemands visitent, en mai 1940, le cimetière de Notre-Dame-de-Lorette, le monument canadien de Vimy et des tranchées conservées. »

Ces reportages, réalisés par les compagnies de propagande allemandes (Propagandakompanien), relèvent de la Wehrmacht, l’armée de terre allemande (DAT), et de la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande (DAA). L’ECPAD conserve en effet une partie de cette production audiovisuelle, dont l’ensemble a été saisi par l’armée américaine en 1945 et réparti entre les vainqueurs.

Commentaire
En mai 1940, lors de la bataille de France, des officiers de la Wehrmacht visitent les sites mémoriels du cimetière de Notre-Dame-de-Lorette où ils se recueillent devant les quelques tombes allemandes et du monument canadien de Vimy, tout proche. Ils arpentent également le paysage des anciens champs de bataille et déambulent dans les tranchées conservées. De ce tourisme militaire victorieux, l’ECPAD détient deux reportages photographiques des compagnies de propagande allemandes. Ces clichés permettent d’aborder le tourisme mémoriel des vainqueurs d’alors, dont les pères réels ou générationnels ont combattu en ces lieux.

Entrée 3 – Revenir à Notre-Dame : se souvenir du paysage en guerre avec le paysage de guerre

Ressource filmique
Notre-Dame-de-Lorette : pèlerinage des anciens combattants (1952). 
Film 35mm noir et blanc muet.
Réal. SCA – durée 12 min. 07 s.
© SCA /ECPAD/ACT 5279

Commentaire de l’extrait (9 min. 02 s.)
Les extraits ici proposés du déroulement de la cérémonie du 11 novembre 1952 à Notre-Dame-de-Lorette permettent d’en visualiser l’importance commémorative, 34 ans après la fin de la guerre : la longueur d’une cérémonie qui dure jusqu’au soir sous la lumière des flambeaux, le rôle central qu’y jouent les anciens combattants, la transmission en direction des plus jeunes, l’incrustation récurrente d’images du paysage des combats passés.

Entrée 4 – Le paysage de Notre-Dame : commémorer d’autres guerres

Ressource photographique
Transfert des cendres du soldat inconnu d’Indochine à Notre-Dame-de-Lorette, 8 juin 1980.
© TAM /ECPAD/TAM 80-59

Commentaire
Après la cérémonie religieuse et militaire, organisée le samedi 7 juillet 1980 aux Invalides, en présence du président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, le cercueil du Soldat inconnu d’Indochine est transféré dans l’après-midi pour être inhumé dans la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette. La cérémonie d’inhumation a lieu le lendemain. Le corps rejoint ainsi dans la crypte de la chapelle celui du soldat inconnu de la Seconde Guerre mondiale, inhumé le 16 juillet 1950 et celui du soldat inconnu de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, inhumé le 16 octobre 1977, également sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

On peut, à partir de ce rôle d’accueil des corps joué par la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette, questionner la construction de ces mémoires combattantes.

Entrée 5 – Paysage de la mémoire : l’Anneau de la Mémoire comme dernière étape

Ressource filmique
Rushs de la cérémonie du 11 novembre à la nécropole Notre-Dame-de-Lorette, 2014.
© Maxence Carion /ECPAD/14.9.251

Commentaire
Le 11 novembre 2014, dans le cadre commémoratif du centenaire de la Grande Guerre, le président de la République, François Hollande, inaugure le Mémorial international qui parachève l’ensemble monumental. Cet Anneau de la Mémoire rassemble les noms, toutes nationalités confondues, de près de 580 000 soldats tombés pour leur patrie, sur le sol du Nord et du Pas-de-Calais, durant les quatre années du conflit.

Cette dernière étape permet d’aborder les évolutions du travail de mémoire conduit par l’État depuis l’inauguration de 1925, en insistant sur le passage d’une mémoire nationale à une mémoire totale qui associe vainqueurs et vaincus en cet anneau. 


[1] C’est au cours de cette seconde bataille d’Artois que Notre-Dame-de-Lorette gagne le surnom de « colline sanglante » (archivespasdecalais.fr).

[2] Pendant la Première Guerre mondiale, il n’est en effet pas possible pour les opérateurs de filmer ou de photographier le cœur des engagements militaires. Nous nous permettons, à ce propos, de renvoyer à notre ressource pédagogique consultable sur le site Eduthèque : Photographier la guerre sans les combats : l’exemple de la bataille de la Somme (1er juillet-18 novembre 1916). On peut également se référer à l’ouvrage de Laurent Veray, Avènement d’une culture visuelle de Guerre. Le cinéma en France de 1914 à 1928, Paris, Nouvelles éditions Place / Ministère des armées, 2019.