La bataille de la Somme : une présence française trop souvent oubliée
Publié le 16 juin 2026
1er juillet 1916. Quelque deux-cent-mille poilus sont déployés sur le front picard. Avec plus d'un million de soldats blessés ou tués, la bataille de la Somme est l'une des opérations militaires les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale. Pourtant, la participation importante des soldats français reste mal connue. C'est précisément ce que dévoile La Bataille de la Somme, 1916, un ouvrage photographique publié le 18 juin 2026 par l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense. Présentées par l'historien Philippe Nivet, ces images restituent les espoirs de l'offensive, la violence des combats mais aussi les traces durables laissées dans les paysages et les mémoires. Explications.

Maricourt, entre le 6 et le 12 décembre 1916. Emmanuel Mas. © Emmanuel Mas/ECPAD/Défense
Cent dix ans après les combats, la bataille de la Somme reste un angle mort de la mémoire collective française. Dans les pays anglo-saxons, elle demeure une blessure encore vive. En France, elle est éclipsée par le traumatisme de Verdun.
À l’international, si les images de soldats britanniques avançant dans le no man’s land dominent, l’armée française s’y est pourtant largement engagée. Le président de la République, Raymond Poincaré, en avait fixé l’enjeu sans détour : « Sinon les Anglais diront qu’ils ont sauvé la France ; la victoire sera une victoire anglaise ; la paix sera la paix anglaise. » Mais la participation française est contrainte par Verdun, où les combats mobilisent une part importante des forces françaises depuis février 1916.
Des mois de préparation
L’année 1916 est celle des grandes batailles méthodiques. Lorsque l’offensive sur la Somme est déclenchée, la guerre a commencé depuis près deux ans. Les Alliés ont déjà essayé de provoquer la rupture à quatre reprises, entre décembre 1914 et septembre 1915. Leurs tentatives, en Champagne et en Artois, ont toutes échoué.
Pour préparer cette nouvelle offensive sur le front picard, une logistique colossale est mise en place dès le printemps 1916 : voies ferrées, dépôts de munitions, hôpitaux de campagne, lignes téléphoniques souterraines. Environ trois millions d’obus sont accumulés en prévision d’un pilonnage d’une semaine sur les lignes allemandes. Des efforts considérables sont déployés pour cacher à l’adversaire ces préparatifs grâce au camouflage et au contrôle de l’espace aérien. Les ingénieurs et les soldats du génie britannique creusent des tunnels sous les positions allemandes et placent des mines sous des points stratégiques. Pour l’historien Philippe Nivet, avec une supériorité numérique sur les Allemands estimée à « sept contre un », la confiance des Alliés est « totale ».
Malgré des mois de préparation, le dispositif ne produit pas les effets escomptés. Les positions allemandes résistent. Pour augmenter la production, la Grande-Bretagne avait relâché le contrôle de la qualité en fabrication. La qualité inégale d’une partie des munitions britanniques et la profondeur des défenses allemandes limitent fortement son efficacité. Les mitrailleurs allemands, à peine affectés, émergent de leurs abris et fauchent les assaillants dès les premières heures.
Une avancée limitée et un bilan humain sans précédent
À partir du 24 juin, une préparation d’artillerie est engagée contre les positions allemandes. Le 1er juillet au matin, quatorze divisions britanniques et cinq françaises partent à l’attaque de sept divisions allemandes, sous le commandement du général britannique Douglas Haig. Les fantassins, vague après vague, quittent leurs tranchées. Sur une grande partie du front, les positions allemandes résistent aux bombardements. À l’issue de la première journée, l’armée britannique enregistre environ 57 000 pertes, dont près de 20 000 morts. Cette journée demeure la plus meurtrière de son histoire militaire.
Les combats se poursuivent durant l’été. Du 2 au 10 juillet, les Français et l’aile droite britannique progressent quelque peu. Les forces françaises avancent notamment au sud de la Somme, gagnant ainsi Flaucourt, tandis que les forces britanniques poursuivent leurs opérations sur le reste du front. Le 15 septembre, les Britanniques engagent pour la première fois des chars d’assaut sur le champ de bataille. En raison des pertes subies pendant la première quinzaine des combats, le Grand Quartier Général allemand décide d’amener de puissants renforts pris sur le front de Verdun, portant le total des soldats sur place à environ 520 000 hommes.
Le 25 septembre, la troisième ligne allemande est prise d’assaut. Combles et Thiepval tombent aux mains des Alliés. En octobre, les conditions météorologiques ralentissent les opérations : la pluie transforme le terrain en boue et englue les troupes. Le 18 novembre 1916, après 141 jours de combats, l’offensive prend fin.
Au total, les pertes alliées dépassent 620 000 hommes. Les pertes allemandes, entre 450 000 et 580 000, portent le bilan global à plus d’un million de victimes. De telles pertes ont imposé une immense rotation des unités :1,5 million d’Allemands et 2,5 millions de Britanniques se sont relayés entre juillet et novembre 1916. Les gains pour les Alliés sont maigres : une avancée d’environ huit kilomètres, qui ne modifie pas le rapport de forces sur le front occidental.
Une bataille où le monde se rencontre
Au-delà des opérations militaires, la Somme est aussi un carrefour humain d’une ampleur inédite. Les deux empires, britannique et français, ont mobilisé leurs troupes coloniales venues notamment d’Inde ou du continent africain, comme en témoignent les photographies représentant des spahis venus du Maghreb et des tirailleurs sénégalais. Aux côtés des Anglais, des Irlandais et des Écossais, combattent également des hommes venus des dominions : l’Afrique du Sud, le Canada, Terre-Neuve, mais aussi l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
La Somme devient ainsi, selon les mots de Philippe Nivet, « un espace mondial ». Les photographies de l’ECPAD en témoignent avec une force particulière : des instants de fraternisation entre des hommes réunis dans les mêmes tranchées picardes.

Près de Tilloloy, 15 mai 1916. Ribar. © Ribar/ECPAD/Défense
Photographier pour ne pas oublier
Les photographies prises par les opérateurs de l’armée française et conservées à l’ECPAD constituent une source documentaire de premier ordre pour comprendre cette bataille dans toute sa complexité. Soldats dans l’attente, en marche ou en action sous le feu, paysages dévastés, instants de fraternisation : autant de documents qui restituent la réalité quotidienne des soldats de la Somme.
La Bataille de la Somme, 1916, rassemble une sélection de photographies pour redonner à la France sa place dans l’histoire de la Somme. Il rappelle également qu’au-delà de l’offensive franco-britannique, une histoire commune se raconte à travers ces images.

Près d’Estrées, 11 novembre 1916. Cordier. © Cordier/ECPAD/Défense
Ouvrage disponible à partir du 18 juin sur la boutique de l’ECPAD :
La Bataille de la Somme, 1916
