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    La bataille de Verdun dans les archives de l’ECPAD

    • Archives films

    • Archives photos

    Publié le 9 février 2026

    La bataille de Verdun dans les archives de l’ECPAD.
    © ECPAD/Défense

    Entre le 21 février et le 18 décembre 1916, la bataille de Verdun oppose les armées françaises et allemandes dans un affrontement qui marque durablement l’histoire de la Grande Guerre. Mobilisant par rotation 70 % des soldats français, elle s’impose comme l’un des épisodes les plus marquants et les plus meurtriers du conflit.

    Le présent article propose une approche iconographique de la bataille, en faisant découvrir la couverture photographique et cinématographique de l’événement par l’armée. En effet, dès les premiers combats, l’armée française déploie ses photographes et ses opérateurs de prise de vue pour documenter l’événement. L’ECPAD conserve leur production, soit 1 560 photographies et 39 films qui témoignent à leur manière de cette bataille dévastatrice. À cela s’ajoutent les archives privées reçues par l’ECPAD qui compte à ce jour 45 dons contenant des photographies portant sur la bataille de Verdun.

    La relève traversant le camp de la Madeleine, rive droite de la Meuse.
    Meuse, janvier-février 1916.
    © Victor Dietsch/SPA/ECPAD/SPA 3 J 122

    Les sections photographique et cinématographique au front

    Les prises de vue militaires proviennent de la Section cinématographique de l’armée (SCA) et de la Section photographique de l’armée (SPA), créées au printemps 1915. Elles répondent aux objectifs fixés dans leurs missions : servir la propagande française, fournir des images contrôlées aux professionnels de l’actualité et constituer des archives pour l’histoire. Produites dans un contexte institutionnel précis, obéissant à ces conditions de réalisation et à des contraintes physiques (dépendance des états-majors, approche des premières lignes et du camp ennemi impossible, terrain exposé, matériel technique lourd, encombrant et fragile), elles constituent un corpus unifié apportant une certaine vision de la guerre.

    À Verdun, 17 photographes de la SPA réalisent 71 reportages dans un périmètre de 45 km autour de la ville. Parmi eux : Jacques Agié, Julien Bouchetal, Gabriel Boussuge, Victor Dietsch, Edmond Famechon, Pierre Machard, Albert Moreau, Pierre Pansier, Paul Queste et Jules-Louis Tétart. Ils photographient en noir et blanc sur des plaques de verre de trois formats principalement, 9 x 12 cm, 6 x 13 cm stéréoscopique ou panoramique, et 13 x 18 cm.

    Du côté de la SCA, les caméramans tournent dans la zone plus de 2 000 mètres de pellicule 35 mm, qui ont servi à réaliser 16 montages de 4 à 40 minutes, muets, noir et blanc ou teintés. Alfred Machin et Albert Samama-Chikli (en 1917) sont les seuls dont l’identité est confirmée par les sources d’époque.

    Les pompiers de Paris dans une rue de Verdun. Au premier plan, un opérateur de la SCA.
    Verdun (Meuse), 8 avril 1916.
    © Jules-Louis Tétart/SPA/ECPAD/SPA 41 T 1685

    Verdun à travers l’objectif

    Une ville dévastée

    Les photographes documentent une cité presque entièrement détruite par les bombardements. Dans les ruines, ils saisissent l’organisation défensive : les pièces d’artillerie installées dans les décombres, la construction d’abris, le ravitaillement en munitions. Les images montrent aussi l’évacuation des blessés, les réfugiés, les prisonniers allemands et les travaux de déblaiement.

    Les visites des personnalités

    La durée et la violence des combats attirent de nombreuses personnalités. Les photographes immortalisent les visites du président de la République Raymond Poincaré, du général Joffre, d’une délégation d’académiciens espagnols ou encore d’une mission américaine venue constater l’ampleur du désastre. Le général Mangin, qui s’est illustré lors des offensives de reconquête, a droit à son portrait.

    Les champs de bataille

    Au-delà de Verdun, les reporters s’aventurent dans la région fortifiée. Ils photographient le commandement au grand quartier général à Souilly, les villages rasés, le terrain bouleversé et les forts emblématiques : Douaumont, Vaux, Souville, Tavannes, Moulainville, la Falouse, Saint-Michel. Ils rapportent également des images des lieux où les combats ont fait rage : la cote 304, le Mort-Homme, le bois des Caures où tombe le colonel Driant le 22 février, et la Voie sacrée, cette artère vitale qui assure le ravitaillement.

    La vie des soldats

    Les clichés et les films montrent le quotidien des troupes françaises : fantassins, artilleurs, pilotes, marins auxquels s’ajoutent les pompiers de Paris. On les voit aménager des abris, s’approvisionner, servir les pièces d’artillerie, se préparer aux missions aériennes, évacuer les blessés, surveiller les prisonniers de guerre, défiler et être décorés par les généraux qui leur rendent visite. Ces images saisissent les moments avant et après les combats, mais rarement l’action elle-même.

    Ce qu’on ne voit pas

    Les photographes et opérateurs de prise de vue ne pouvant tout saisir, certains sujets historiques majeurs demeurent sans illustration : le commandement allemand, l’attaque du 21 février, les vastes abris souterrains allemands (Stollen), le général Pétain à la tête de la 2e armée à partir de fin février 1916. Monseigneur Ginisty, évêque de Verdun, qui visite inlassablement les troupes, n’apparaît en images qu’à partir de 1917.
    La documentation visuelle en temps de guerre n’en demeure pas moins une source historique à part entière mais ces absences rappellent ses limites et soulignent l’importance de croiser les sources pour appréhender la bataille dans toute sa complexité.

    Visite de Raymond Poincaré, président de la République française.
    Région fortifiée de Verdun (Meuse), février 1916.
    © Victor Dietsch/SPA/ECPAD/SPA 4 J 320

    Des images contrôlées avant diffusion

    Toutes les photographies et tous les films ne sont pas diffusés. Une censure, attestée notamment par les registres de légendes, s’exerce : sont écartées les images montrant des cadavres français, localisant précisément les positions, identifiant les unités ou révélant les capacités matérielles. Les clichés autorisés connaissent néanmoins une large diffusion : exposition au pavillon de Marsan au Louvre en octobre 1916, publication dans la presse illustrée, telle L’Illustration et Le Miroir, consultation des albums au siège de la SPA 3, rue de Valois à Paris. Il en est de même pour les films, soumis au comité de censure : les courts-métrages autorisés sont projetés dans les salles en France et à l’étranger dans l’idée de rallier les pays neutres et de conforter les alliés.

    L’innovation technique au service du témoignage

    Présentant des cartons titres et intertitres ornés et parfois des images teintées, les courts métrages réalisés en 1916 portent des titres évocateurs : Autour de Verdun, Aux abords de Verdun, Sur les bords de la Meuse, Les Munitions à Verdun, La Défense de Verdun, L’Artillerie et l’aviation dans la région de Verdun, Le Fort glorieux de Douaumont, La Revanche des Français devant Verdun… Ce dernier, le plus ambitieux, dure 40 minutes et embrasse l’ensemble de la bataille avec des intertitres au ton résolument patriotique. Projeté dans la grande salle des fêtes du Trocadéro le 22 février 1917, il est diffusé le jour anniversaire du déclenchement de la bataille.

    En avril 1917, Albert Samama-Chikli se distingue par son audace technique et son inventivité. Il installe sa caméra sur un wagon de train à voie étroite Decauville qui sillonne le front après la bataille, créant ainsi un travelling immersif qui rend compte des dévastations avec réalisme et une grande proximité.

    Trois photogrammes extraits du film La Revanche des Français devant Verdun (octobre – décembre 1916).
    Verdun (Meuse), 1916.
    © Auteur inconnu/SCA/ECPAD/14.18 A 246
    Trois photogrammes extraits du film La Revanche des Français devant Verdun (octobre – décembre 1916).
    Verdun (Meuse), 1916.
    © Auteur inconnu/SCA/ECPAD/14.18 A 246
    Trois photogrammes extraits du film La Revanche des Français devant Verdun (octobre – décembre 1916).
    Verdun (Meuse), 1916.
    © Auteur inconnu/SCA/ECPAD/14.18 A 246

    Les fonds privés : un regard complémentaire

    L’ECPAD conserve également 45 fonds photographiques d’origine privée donnés par des particuliers qui livrent une vision plus intime de la bataille.

    Les photographies de Lucie Collignon, infirmière à l’hôpital de Verdun puis à celui de Bar-le-Duc, documentent les soins aux blessés. Plusieurs médecins ont également laissé des témoignages visuels précieux : Ludovic Cassard sur le théâtre des combats, Camille Cousin sur les cantonnements et les prisonniers, et Pierre Augarde sur les activités de ses confrères et les soldats soignés.

    Blessés alités et infirmières dans une chambre de l’hôpital militaire de Verdun.
    Verdun (Meuse), 1916-1917.
    © Lucie Collignon/Fonds Lucie Collignon/ECPAD/D152-4-8

    L’album de Paul Robertet couvre la période du 25 février au 7 mai 1916. Ses photographies s’attachent aux périodes de repos à l’arrière et ses légendes manuscrites, au vocabulaire brut, témoignent de la violence vécue par les soldats : « Les marmites descendent par quatre. », « Un champ de macchabs (sic). L’odeur n’est pas sur la photo. ».

    « Totor et Lucien ne s’en font pas ! 9h du matin ».
    Verdun (Meuse), entre le 25 février et le 7 mai 1916.
    ©Paul Robertet/Fonds Paul Robertet/ECPAD/D86-80

    D’autres collections dévoilent des aspects spécifiques : le capitaine Luc-Pupat photographie le fort de Liouville depuis son escadrille, M. Péjeau documente l’attaque du fort de Vaux et la guerre des mines, Victor Chatenay capture la Voie sacrée et Maurice Gouin la tranchée de Calonne.

    En 1928, le réalisateur Léon Poirier signe Verdun, visions d’histoire, un film de 160 minutes qui reconstitue la bataille dix ans après la guerre. Cette docu-fiction mêle images d’archives de la SCA et scènes reconstituées sur les lieux mêmes des événements, avec des anciens combattants et des acteurs. Articulé autour de trois visions – la force, l’enfer, le destin – le film propose un récit épique qui suscite la polémique à sa sortie. Une version sonorisée de 150 minutes, Verdun, souvenirs d’histoire, voit le jour en 1931. L’ECPAD conserve des éléments du premier et le second en entier.

    Albane Brunel


    Explorez les archives

    Les photographies et les films de la bataille de Verdun sont consultables sur le site ImagesDéfense :

    Pour aller plus loin :

    • Les archives de la Section photographique et cinématographique de l’armée (SPCA) sur Verdun et la région fortifiée de 1917 à 1919 et, notamment :
      • les nombreux reportages photographiques d’Ernest Baguet ;
      • les 75 autochromes réalisées en 1917 par Paul Castelnau qui témoignent en couleur et de façon très esthétique des dégâts subis par la ville et la citadelle durant l’année 1916 ;
      • les films tournés par Albert Samama-Chikli en 1917 et 1918.
        Toutes sont librement communicables et consultables sur le site ImagesDéfense.
    • Archives sur la polémique autour du film Verdun, visions d’histoire (1928), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Charenton-le-Pont, cote 80 74 03, d. 7.
    Volumes des photographies

    Pour la ville de Verdun, entre le 21 février et le 18 décembre 1916 : 386 photos, réparties dans 25 reportages photographiques.
    Pour la Meuse, Verdun et la région fortifiée de Verdun, entre le 21 février et le 18 décembre 1916 : 1 560 photos, réparties dans 53 reportages photographiques.

    Si on inclut les photos qui traitent du sujet mais pour lesquelles les dates sont approximatives, les chiffres sont les suivants :
    Pour la ville de Verdun, entre le 1er janvier 1916 et le 31 décembre 1916 : 502 photos, réparties dans 31 reportages photographiques.
    Pour la Meuse, Verdun et la région fortifiée de Verdun, entre le 1er janvier 1916 et le 31 décembre 1916 : 2 195 photos, réparties dans 71 reportages photographiques.

    Les photographes de la SPA

    12 photographes ont photographié la ville de Verdun en 1916 : Julien Bouchetal, Gabriel Boussuge, Paul Dubray, Victor Dietsch, Edmond Famechon, Pierre Machard, Emmanuel Mas, Albert Moreau, Pierre Pansier, Paul Queste, Albert Samama-Chikli, Jules-Louis Tétart.

    Et au total 17 si on étend à la région fortifiée de Verdun en 1916 : les mêmes, plus Jacques Agié, Isidore Aubert, Edouard Brissy, Ede et Jules Fortin.