Depuis 1915, le cinéma et la photographie des armées : l’histoire des soldats de l’image

Dans l’urgence de la mobilisation générale, et en réaction à la propagande par l’image engagée par l’Allemagne, le gouvernement français autorise, au printemps 1915, la création des sections photographique et cinématographique de l’armée (SPA et SCA), unies en janvier 1917 sous le sigle de SPCA.

En 1919, la guerre terminée, la SPCA reçoit son ordre de dissolution.

En septembre 1939, le ministère de la guerre réactive le service cinématographique de l’armée (SCA). Les reporters filment et photographient alors la « drôle de guerre ». La défaite de juin 1940 entraîne le repli du service en zone libre, œuvrant au profit de l’armée d’armistice. Une partie des opérateurs, parvenus à Londres ou Alger, témoignent des combats d’Afrique du Nord et d’Italie puis de la libération de la France.

Au lendemain de la guerre, en 1946, le SCA devient officiellement interarmées et s’installe au fort d’Ivry-sur-Seine et, dès lors, ne cessera d’exister.

Les opérateurs militaires couvrent de nouveaux conflits. Dépêchés en Indochine dès 1945 puis rattachés à partir de 1951 au service presse information (SPI), les caméramans et photographes du SCA réalisent des milliers de reportages sur la vie des combattants du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO). De grands noms du cinéma et de la photographie font alors leurs premières armes, à l’image de Pierre Schoendoerffer, engagé en 1952, qui filme la bataille de Diên Biên Phu. Après les accords de Genève conclus en juillet 1954, les reporters du SPI assistent au départ des forces françaises jusqu’en 1956.

À la suite des événements de la Toussaint 1954, l’armée française est engagée en Algérie. Entre 1954 et 1964, engagés et appelés du SCA assurent la couverture en images des opérations militaires. Rattaché au bureau de l’action psychologique, le SCA d’Alger s’emploie à mettre en valeur la politique de pacification, soulignant les enjeux socio-économiques du pays. En 1960, les équipes du SCA enregistrent les premiers essais nucléaires effectués dans le Sahara, ainsi que les premiers tirs de fusées stratosphériques qui offrent à la France un statut de grande puissance.

Le SCA participe à la promotion et la valorisation de l’armée. Sont alors produits de nombreux films d’instruction, en grande partie destinés aux appelés du contingent, dont le contenu vise aussi bien à enseigner les tactiques du combat qu’à montrer la conduite que chaque soldat doit tenir auprès des populations civiles. Nombre de ces productions sont l’œuvre de futurs grands noms du cinéma, de la télévision et de la photographie. Bénéficiant de studios équipés de matériels performants, qui font de lui le premier producteur de France, le SCA attire de jeunes vocations, qui, sortant d’école de cinéma, y effectuent leur service militaire. Claude Lelouch, Philippe de Broca, Gérard Pirès, Alain Cavalier ou encore Bruno Podalydès réalisent des films pour le SCA et l’ECPA. Des inventions naissent également au fort d’Ivry : en 1972, Jean-Marie Lavalou et Alain Masseron mettent au point la Louma, dont le dispositif monté sur une grue, célébré par un Oscar technique en 2005, permet à la caméra d’opérer des mouvements fluides et variés dans l’espace.

Au cours des années suivantes, le service cinématographique de l’armée, rebaptisé à partir de 1961 ECA, œuvre au profit de la valorisation des armées et de l’industrie d’armement française, dans un contexte international marqué par la guerre froide et la sortie de la France de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) en 1966.
En parallèle, les opérateurs de l’ECPA (établi en 1969) sont engagés dans les nombreuses opérations extérieures (OPEX). De l’expédition de Suez à Kolwezi, du Tchad au Liban, du Golfe à l’ex-Yougoslavie, des Balkans à l’Afghanistan, les décennies qui suivent voient se succéder les crises majeures où les équipes de tournage de l’ECPA sont déployées pour témoigner des actions menées par l’armée française sur terre, sur mer ou dans les airs, qu’elle soit engagée sous mandats de l’ONU ou de l’OTAN. En 2001, le service change de nom et de statut. Désormais ECPAD, il est un établissement public à caractère administratif. De nos jours, les équipes image sillonnent les théâtres d’opérations et poursuivent l’œuvre entreprise par les premiers opérateurs du cinéma et de la photographie aux armées. Centre d’archives, l’ECPAD conserve, restaure et communique l’ensemble de ce patrimoine en images.